lundi 15 septembre 2014

Management environnemental : la nouvelle version de la norme ISO 14001 en consultation

Article du site www.actu-environnement.com (28/8/14) : 
Rédigé par

L'Afnor soumet à enquête publique jusqu'au 20 octobre prochain la version révisée de la norme ISO 14001 relative au management de l'environnement.

Cette norme, publiée en 1996 et révisée en 2004, incite les organisations à améliorer durablement leurs pratiques environnementales. Elle a été adoptée par plus de 250.000 utilisateurs certifiés de 155 pays différents. Plusieurs évolutions sont prévues dans cette nouvelle version de la norme dont la publication est programmée en 2015.

"Une nouvelle exigence a été introduite pour encourager les organisations à s'intéresser davantage au contexte mouvant dans lequel elles évoluent", indique l'Afnor. Au-delà de la limitation des nuisances et des dégradations, la norme révisée demande par ailleurs aux organisations d'être proactives en matière de protection de l'environnement. "Cela peut inclure la prévention des pollutions, l'utilisation des ressources durables, l'atténuation et l'adaptation aux changements climatiques, la protection de la biodiversité et des écosystèmes", détaille l'Association française de normalisation. Les organisations devront intégrer également la maîtrise des impacts associés à l'utilisation des produits et à leur traitement en fin de vie.

Compenser un manque d'ambition de la version précédente

"La notion d'amélioration continue évolue vers celle d'amélioration de la performance environnementale, pour compenser un « manque d'ambition » reproché à la version précédente", précise aussi l'Afnor. Les évolutions touchent également la documentation, ainsi que la communication, qu'elle soit interne à l'organisation ou dirigée vers l'extérieur.

Suite à cette enquête publique, la commission de normalisation française se réunira le 6 novembre à Paris pour examiner tous les commentaires reçus. Les contributions de chaque pays seront ensuite étudiées en février 2015 par un groupe de travail de l'Organisation internationale de normalisation (ISO). Le projet sera enfin soumis à un vote final avant sa publication attendue pour le troisième trimestre 2015.

lundi 1 septembre 2014

Le défi mondial : résoudre l'équation de Kaya

Article du site www.carbone4.com : 
Rédigé par Jean-Yves Wilmotte

L'équation de Kaya a été développé par Yoichi Kaya, un économiste de l'énergie japonais, dans son ouvrage Environment, Energy, and Economy : strategies for sustainability.
L’équation de Kaya se définit comme le produit des ratios suivants :

Si nous voulons limiter la hausse de la température à 2 degrés en moyenne sur la planète d’ici 2050, nous devons diviser les émissions de CO2 par 3 d’ici à 2050 à l’échelle mondiale.
  • PIB / population : c’est notre pouvoir d’achat. La plupart des citoyens souhaitent le voir augmenter de 2% par an minimum, ce qui conduit à le multiplier par 2,2 en 40 ans. Nous allons poursuivre le calcul avec cette hypothèse. 
Si nous voulons diviser les émissions de GES mondiales par 3 en 2050, en tenant compte de la hausse de la population et du pouvoir d’achat, il faut diviser les ratios Energie/PIB et CO2/Energie par 10, ce qui revient par exemple à diviser chacun des ratios par 3.
  • Energie / PIB: c’est le nombre de kWh nécessaires pour fabriquer un produit ou fournir un service (par exemple un service de transport). Ce ratio s’est amélioré de 30% entre 1970 et 2005 dans le monde. C’est ce que l’on appelle communément l’efficacité énergétique. Diviser ce ratio par 3 en 40 ans suppose d’aller bien plus vite que de par le passé !
  • CO2 par énergie : il reflète le mix énergétique (attention ! pas seulement électrique) utilisé par les hummains. Ce ratio s’est amélioré de 10% seulement en 35 ans (1970 à 2005). La division par 3 de ce ratio suppose une pénétration massive des énergies « sans carbone » dans le mix énergétique.
Or on constate sur le graphique suivant que nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire  :

Source : Banque Mondiale
Si on explicite ces évolutions grâce aux facteurs de l'équation de Kaya, on obtient les courbes suivantes :

Source : Banque Mondiale 

  • L'intensité énergétique du PIB (Energie/PIB) ne baisse plus depuis 2001, ce qui signifie qu’on a du mal à améliorer l’efficacité énergétique mondiale.
  • L'intensité CO2 de l'énergie de 2011 ... est remontée au niveau de 1971, ce qui veut dire que malgré le développement des énergies renouvelables, on continue à faire tourner toujours plus les centrales thermiques.
Pour trouver la bonne trajectoire, vous pouvez jouer sur les 4 facteurs de l'équation de Kaya :
Simulateur sur la page de l'article.

lundi 4 août 2014

Où en sont les entreprises françaises en matière de RSE?

Article du site www.youphil.com (17/2/2014) :
Rédigé par Alan Fustec

Pour Alan Fustec, directeur général de l'agence Lucie, les entreprises cotées sont de plus en plus nombreuses à s'engager sur leur responsabilité sociale et environnementale, mais les PME ont encore un long chemin à parcourir.
> Cette tribune a initialement été publiée dans la Lettre professionnelle "Tendances de l'innovation sociétale" N°70 du 11 février 2014.

La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) peut se définir comme l’intégration des principes du développement durable à l’entreprise. Le concept existe depuis 1999, année du lancement du Global compact, contrat que toute entreprise peut signer directement avec l’ONU, et conçu par l’ancien secrétaire général Kofi Annan. La RSE a atteint son stade de maturité en 2010 lors de la publication de la norme ISO 26.000. Où en sont aujourd’hui les entreprises françaises?

L’Agence Lucie, créée en 2009, délivre aux entreprises françaises le label Lucie, premier label français de RSE aligné sur l’ISO 26.000. Nous avons produit pour la plateforme gouvernementale sur la RSE un rapport sur l’état de la RSE en France [Etude présentée à la plateforme RSE en février 2014, dévoilée en exclusivité à Youphil]. Il dresse un panorama synthétique de la situation et de la montée en puissance de la RSE dans notre pays. Ses résultats sont à la fois encourageants et un peu décevants.

Les grandes entreprises cotées en marche

Les grandes entreprises ont une contrainte règlementaire depuis la loi NRE de 2001 qui leur impose la production d’un rapport annuel de développement durable. Un article de la loi Grenelle 2 (n° 225) accroit l’exigence et l’étend à terme à toutes les entreprises de plus de 500 personnes. Mais pour produire un tel rapport, il faut du contenu. Depuis plus de dix ans, les grands groupes progressent donc dans le domaine de la RSE et ce mouvement touche maintenant les entreprises de taille intermédiaire.

Mais ces entreprises sont peu nombreuses (de l’ordre de 500) alors qu’il existe dans notre pays environ deux millions de PME et un million d’entreprises individuelles. Le graphique ci-dessous présente une approximation de l’engagement en RSE des PME françaises. Les entreprises qui ont un bon niveau de maturité (mise en œuvre de l’ISO 26.000 ou équivalent) sont très peu nombreuses: environ 2 pour 1000. Celles avec un engagement important qui ne couvre pas pour autant tout le champ de la RSE sont au nombre de 1%.

Un tiers de PME inactives

Les entreprises partiellement engagées ont mis en œuvre un pan important de la RSE (par exemple une certification ISO 14.001) qui représentent 4% du total soit environ 50.000 entreprises. Les opportunistes sont des entreprises qui, parfois sans le savoir ont de bonnes pratiques alignées sur la RSE qu’elles ont mises en œuvre par contrainte ou par intérêt sans avoir spécifiquement conçu un engagement dans ce domaine. Il reste enfin 29% de PME qui ne font rien sur le sujet. Le niveau de prise en compte de la RSE est enfin très faible dans les entreprises individuelles (artisans, professions libérales…). 

 
Source: Label Lucie 

Ces chiffres montrent l’ampleur du chantier qui reste devant nous pour que l’économie de notre pays devienne effectivement durable. Notons toutefois, et c’est un point encourageant, que les PME "en voie d’engagement" sont de plus en plus nombreuses et que l’engagement en RSE progresse chaque année malgré un contexte économique difficile. La communauté Lucie forte de sa centaine de membres représente dans ce paysage un réseau social militant d’entreprise qui appelle de leurs vœux un déploiement beaucoup plus important de la RSE en France.

Leur conviction peut se résumer très simplement: "le développement durable n’est pas un frein à la création de richesses, c’est une autre façon d’en produire et c’est l’irresponsabilité et non pas la responsabilité qui crée la pauvreté". Au-delà de la profession de foi, la communauté Lucie s’attèle à apporter des preuves de ces convictions: un programme de mesure de la performance économique de la RSE est actuellement mis en œuvre en son sein et produit des bilans économiques en euros des projets RSE. Le résultat sera bientôt publié. Il montre que la RSE est rentable.

Nileo, cabinet de conseil et de formation, basé au Mans, à 50mn de Paris, vous accompagne dans la mise en place d'une démarche RSE dans votre entreprise. N'hésitez pas à nous contacter par téléphone au 09.82.43.72.85 ou par mail en écrivant à contact@nileo.fr

lundi 21 juillet 2014

Télétravail et révolution numérique : la source du renouveau des villes en périphérie des grandes métropoles …

Article du site www.agir2014.fr (6/2/2014)
Rédigé par Lionel Mazurié

Vers la création d’un Tiers-Lieux à Villeneuve : le projet « Tiers-Neuve » 

Le temps des villes dortoirs risque d’être révolu … 

Quelque soit l’état de l’économie, en crise ou pas, il y a et il y aura, dans les tous prochains mois et années,  redonne dans l’activité professionnelle avec des inactifs récurrents (non étudiants et non retraités), « produits » de nos civilisations globalisées, des actifs à temps partiel et de plus en plus d’actifs, à contrat à temps complet, à qui sera proposé le télétravail total ou partiel  (3 à 4 jours par semaine au domicile) dans les prochains mois …
L’enjeu du télétravail est expliqué par plusieurs éléments, entre autres :
  • La non nécessité d’un outil de travail « massif » et statique dans le secteur tertiaire voir secondaire.
  • Le prix du mètre carré des locaux professionnels sur l’ensemble du territoire et des services transverses associés, tout aussi coûteux pour les entreprises et l’état,
  • Les difficultés de déplacements dans les grandes métropoles (que ce soit les véhicules particuliers ou les transports en commun qui se focalisent de plus en plus sur la couverture en termes de liaisons délaissant l’optimisation des temps de parcours …),
  • L’explosion des équipes de travail multi-sites sur plusieurs villes, pays, …
  • L’intégration des nouvelles techniques numériques par une majorité des différentes classes d’âge,
  • Le développement des moyens de communication ambulants (visioconférence),
  • La mutation industrielle de notre pays avec moins d’entités de production manufacturière …,
  • L’évolution des mentalités vers plus de responsabilisation, moins d’horaires fixes mais davantage d évaluation continue du collaborateur sur le résultat effectif.
Cette démarche de télétravail est aussi bien amenée dans le secteur privé que dans le secteur public qui y est ouvert  pour ces mêmes raisons.

Le 29 février 2012, l’Assemblée Nationale a adopté les mesures (loi Warsmann) relatives à la simplification et à l’allègement des démarches administratives pour le télétravail, qui entrent ainsi dans le code du travail.
Trois volets sont respectés : le volontariat du collaborateur, la contractualisation spécifique et la  réversibilité de ce choix, ceci,  avec une garantie de prise en charge des coûts par l’employeur (portables et périphériques, accès internet, …)
Dans le rapport dit « Lebreton » sur la notion de territoires numériques, rapport présenté le 18 septembre dernier au ministre de l’Égalité des territoires et du logement, le télétravail fait partie intégrante des 22 propositions de ce dossier.

Il y est présenté comme un moyen de « soutenir l’économie résidentielle et aider à la revitalisation des territoires isolés », mais aussi pour l’installation de nouveaux habitants : « La réduction de la pression sur les transports peut inciter des travailleurs à venir s’installer dans des espaces de faible densité. De nouveaux lieux de travail, parfois qualifiés de « tiers-lieux » car ils ne sont ni le domicile du salarié ni le siège de l’entreprise, peuvent devenir un élément d’attractivité et de renouveau pour ces territoires« .

Les tiers lieux (espace d’accueil des télétravailleurs avec une infrastructure adaptée avec l’accès au wi-fi, à des espaces conviviaux, tranquilles, l’accès à des salles de réunion, de prospection téléphonique, de reprographie …) sont jugés plus propices que le domicile au développement d’un télétravail qui n’isole pas les salariés et qui deviendront nécessaires à son équilibre personnel et social

Alors quelles conséquences pour une ville comme Villeneuve …

Eh bien, il s’agit de la reconquête de sa ville par la population active et les familles qui, la journée, devront sortir, faire leurs courses,  se socialiser, retrouver de la convivialité. Les temps de transport se réduiront en conséquence … la circulation elle aussi …  la pollution sera amoindrie ...

La révolution numérique et le haut débit amènent la fluidité de l’information … le présentiel en entreprise n’est plus nécessaire… la confiance dans les collaborateurs s’améliore même s’il existe des moyens de tracer l’activité effective par la mesure quantitative et qualitative de l’utilisation de ses outils de travail (analyse des tâches sur son ordinateur portable, géolocalisation de la personne ou du véhicule, enregistrement d’une démarche commerciale in-situ …).

La liberté à néanmoins son contrepoids en contraintes devant être acceptées avec son employeur public ou privé ... 

Il s’agit d’un changement sociétal majeur qui va conduire à faire revivre les villes périphériques des centres d’activités. 

Pour cela il faut se préparer à créer un ou des tiers-lieux dans notre ville et à adapter l’offre de service municipal satellite (assistante sociales, crèches, vie associative et sportive, souplesse d’ouverture des services …) aux habitants qui profiteront plus de leurs logements en journée de semaine et amélioreront leur vie amicale et familiale au sein de leur ville.

Ce serait un lieu où se croisent, en toute convivialité, les actifs, inactifs, entrepreneurs, le lieu où l’information sera concentrée pour plus d’efficacité et de réussite. Le premier cocon avant de commencer, par exemple, une activité dans la pépinière d’entreprise de notre ville.

Nous nommons à AGIR2014 ce projet de Tiers-Lieux « Tiers-Neuve » pour être pilote à Villeneuve sur ce sujet.

Si vous aussi, vous souhaitez mettre en place une démarche de visant à opter pour le télétravail, Nileo peut vous accompagner. N'hésitez pas à nous contacter par mail en écrivant à contact@nileo.fr ou en appelant directement au 09.82.43.72.85.

lundi 7 juillet 2014

Comment San Francisco s'approche du zero déchet ...


Article du site www.lemonde.fr (8/6/2014) :

Par Alexandre Pouchard, envoyé spécial

Le soleil n'est pas encore levé qu'un étrange ballet commence. Chacun à leur tour, des dizaines de camions viennent déverser des tonnes et des tonnes de restes de nourriture, d'herbe coupée, de branchages. Un mois plus tard, ces déchets organiques ressortiront sous la forme d'un riche compost aussi fin que du sable. Ici, à Vacaville, à une heure de route au nord de San Francisco, se joue quotidiennement une partie essentielle de l'objectif que s'est fixé la ville californienne : parvenir, d'ici à 2020, à zéro déchet non recyclé ou composté, évitant ainsi d'utiliser des décharges ou des incinérateurs, très polluants.


 

Pour parvenir à ce but jamais atteint par une aussi grande ville dans le monde, San Francisco fait preuve de volontarisme politique et multiplie les initiatives législatives.

Lire le détail : L'arsenal législatif de San Francisco pour arriver au « zéro déchet »
Dernière en date, l'interdiction de la vente et de la distribution de petites bouteilles d'eau en plastique dans les espaces publics de la ville, adoptée à l'unanimité par le conseil municipal début mars et qui entrera en vigueur en octobre (sauf lors d'événements majeurs sur la voie publique, comme la Gay Pride). A la place, seront installées de nombreuses fontaines d'eau et des gobelets compostables pourront être distribués pendant des événements.

« Les bouteilles d'eau en plastique coûtent cher à produire et ont un coût environnemental considérable. Il lui faut mille ans pour qu'elles se dégradent », a justifié le conseiller municipal David Chiu, à l'origine d'une mesure qui mentionne le risque pour la santé, des composés chimiques comme les phtalates pouvant s'infiltrer dans l'eau et « perturber les hormones et ainsi accroître le risque d'infertilité, de cancer et de fausses couches ». « Si nous pouvons les interdire dans l'espace public, que les gens comprennent que c'est totalement faisable, alors nous pourrons aller plus loin », a ajouté M. Chiu. Autrement dit, envisager une interdiction totale.

« ON NOUS A TRAITÉS DE FOUS »

Etape par étape, voilà la méthode qu'a adoptée San Francisco depuis le vote de l'objectif « zéro déchet », en 2002. « La Californie s'était déjà fixé un objectif de 50 % de recyclage d'ici à 2010. Mais nous voulions aller plus loin, raconte Jared Blumenfeld, ancien directeur du département de l'environnement de San Francisco et actuel directeur régional de l'Agence de protection environnementale (EPA). Nous nous sommes mis d'accord sur l'objectif ambitieux du zéro déchet puis sur une date à la fois assez lointaine pour nous donner les moyens de l'atteindre mais aussi assez proche pour que tout le monde se sente aussitôt concerné. » Ce sera 2020, avec un point d'étape de 75 % en 2010.

Tout restait alors à faire. « On nous a traités de fous », sourit-il. Mais une étude menée à ce moment-là avait montré que 90 % des déchets finissant dans les décharges pouvaient être recyclés, et que la part la plus importante était la nourriture. Or « nous ne voyons pas les déchets comme une charge, mais comme une valeur, ils peuvent être utilisés », explique Robert Reed, chargé des relations publiques à Recology, la coopérative qui collecte et traite les déchets de San Francisco.

C'est ainsi que le département de l'environnement a commencé par cibler les hôtels et les restaurants, très nombreux à San Francisco... et qui génèrent beaucoup de déchets organiques. « Nous avons commencé par un hôtel test, le Hilton, qui sert 7 500 repas par jour, et nous avons mis en place un système simple : les poubelles des recyclables et des compostables coûtent beaucoup moins cher, chaque mois sur la facture, que celles des déchets non recyclables, explique Jared Blumenfeld. Si vous recyclez et compostez tous vos déchets, alors vous aurez besoin de moins de poubelles 'normales', ou bien des plus petites. Et vous économiserez de l'argent. »

 
Chaque habitant de San Francisco est désormais habitué à trier ses déchets dans trois poubelles : en noir, celle destinée à la décharge ; en vert celle pour le compost ; et en bleu les recyclables. | Alexandre Pouchard/LeMonde.fr

Le système est une pleine réussite : en un an, le Hilton économise 200 000 dollars (145 000 euros) et l'initiative est alors très vite étendue à l'ensemble des professionnels. Le système est également proposé, sur une base volontaire, aux habitants qui le souhaitent. « En quatre ans, entre 2001 et 2005, nous sommes passés de 42 % à 60 % de nos déchets qui étaient recyclés », se félicite Jared Blumenfeld.

SACS PLASTIQUES BANNIS
Une des parties peu visibles des déchets, mais néanmoins importante, est l'ensemble des débris générés par le secteur de la construction. Après deux ans de négociations, la ville oblige en 2006 tous les professionnels du bâtiment à recycler au moins 65 % de leurs débris tels le béton, le métal ou encore le bois, dans des centres agréés. Une suspension de six mois est prévue pour les contrevenants. En parallèle, la ville s'engage à n'utiliser que des matériaux recyclés pour des travaux publics comme l'asphalte, les trottoirs ou encore les gouttières.

Mais tout cela ne suffit pas. En 2007 et 2008, le taux de récupération des déchets stagne aux alentours de 70 %, alors que la ville s'était fixé 75 % en 2010. San Francisco passe alors une étape supplémentaire avec deux décisions touchant directement au quotidien des habitants. Les sacs plastiques sont tout d'abord bannis des supermarchés, avec obligation d'utiliser des sacs en papier ou en plastique compostable – payants, pour inciter les clients à ramener leur propre sac.

Lire : L'interdiction des sacs en plastique se mondialise

Puis, en 2009, le recyclage et le compostage sont rendus obligatoires pour tous les habitants. Le même système est appliqué : chaque maison et immeuble reçoit une facture détaillée et peut l'alléger en utilisant de moins en moins la poubelle « normale » pour préférer celles dédiées au recyclage et au compostage. Des contrôles sont effectués régulièrement et des avertissements sont suivis d'amendes pour les contrevenants, pouvant aller de 100 à 1 000 dollars (73 à 730 euros). « Cela a été notre mesure la plus controversée, admet Jared Blumenfeld. On nous a accusés de mettre en place une "police environnementale". Nous avons longuement expliqué que ce n'était pas le cas et que tout le monde avait à y gagner. Si nous l'avions tout de suite rendu obligatoire, cela n'aurait pas marché, il fallait que ce soit progressif. »

Lire l'interview : « Un système de zéro déchet coûte moins cher »

« LE COMPOST N'A QUE DES EFFETS BÉNÉFIQUES »
L'effort paye : la ville atteint 77 % de recyclage en 2010 et a aujourd'hui dépassé les 80 %.
 
Quelque 600 tonnes de déchets organiques sont récupérées chaque jour et envoyées au centre de Vacaville, où est produit un compost très convoité par les agriculteurs. Comme Dave Mella, qui gère le vignoble Chateau Montelena, dans la Napa Valley. « Le compost est très riche car il est constitué de multiples déchets organiques et il n'a que des effets bénéfiques : il fixe le carbone dans le sol et apporte beaucoup de nutriments à la vigne. » Dave Mella utilise le compost de Recology depuis bientôt dix ans. Ce fut d'abord un pari pour ce domaine qui a acquis une notoriété mondiale en remportant une dégustation à Paris en 1976 devant des vins français – et dont un livre, Le Jugement de Paris, puis un film, raconteront l'histoire. « J'étais terrifié à l'idée de changer le vin, confie Dave Mella. J'ai d'abord testé le compost sur une petite partie du domaine, puis je l'ai progressivement étendu car le vin était meilleur... et c'est meilleur pour le sol ! »

Malgré tout, San Francisco n'a pas encore atteint les 100 % et la dernière partie s'annonce la plus difficile. « Nous y arriverons, assure Robert Reed, de Recology, quand on lui oppose notre scepticisme. La moitié des déchets encore envoyés dans les décharges peuvent être recyclés. Nous devons accentuer notre effort. Par exemple, sensibiliser les habitants sur le fait qu'ils recyclent beaucoup dans la cuisine, mais n'ont souvent qu'une seule poubelle dans la salle de bains, avec des déchets qui se retrouvent à la décharge alors que des éléments pourraient être recyclés. » Et pour le reste ? « Nous devons agir directement à la source, sur le packaging, comme l'interdiction du polystyrène et du cellophane et développer l'usage des couches-culottes lavables et réutilisables, car c'est quelque chose que nous ne pouvons pas recycler. »

Lire : Plastique, l'ennemi intime


Quel que soit le résultat en 2020, les efforts auront été immenses et San Francisco entraîne désormais d'autres grandes villes américaines dans son sillage. Après Seattle, dans l'Etat de Washington (nord-ouest), la ville de Minneapolis, dans le Minnesota (nord), ne recycle que 37 % de ses déchets mais s'apprête, elle aussi, à adopter l'objectif 100 %.

Lire aussi : Le système « zéro déchet » de San Francisco en 7 questions

Les centres de recyclage « communautaires » menacés


Dans la ville qui vise à recycler 100 % de ses déchets, ils sont une partie importante. Les centres « communautaires » permettent à chacun de récupérer la « consigne » encore en vigueur en Californie sur les bouteilles en plastique et en verre ainsi que sur les canettes en aluminium. Rapporter ces dernières constitue une source de revenus non négligeable pour les sans-abris et les plus modestes. Mais plusieurs de ces centres ont été contraints de fermer en moins d'un an. « De mauvais comportements ont lieu près du centre et le vol dans les poubelles du voisinage sont en augmentation », a argué Scott Weiner, conseiller municipal de San Francisco qui soutient la fermeture du « Community Center » de Market Street, le plus important et le dernier dans le centre de la ville.

Lire : La radicalisation des « anti-high-tech » bouscule San Francisco

Mais bon nombre dénoncent un effet de la « gentrification » à l'œuvre dans San Francisco. « Il y a eu quelques problèmes dans le quartier mais pas par ceux qui viennent recycler. Ils ne veulent tout simplement pas voir les pauvres qui viennent ici, dénonce Stosh Wychulus, un voisin du centre, utilisateur régulier et mobilisé contre sa fermeture. San Francisco a la plus grande inégalité de revenus et elle s'accroît à un rythme effrayant. Enlever aux pauvres gens cette source de revenus ne fera que précipiter leur fin. » Malgré tout, le supermarché Safeway, propriétaire du terrain et qui n'a pas donné suite à nos sollicitations, a donné au centre jusqu'au 1er juillet pour plier bagages. Sans qu'une solution ne soit prévue.

Si vous aussi, êtes sensible à la protection de l'environnement, et que vous souhaitez mettre en place une démarche de management environnemental, sachez que Nileo, cabinet de conseil basé au Mans peut vous accompagner tout au long de l'année à travers des conseils, audits ou formations (interentreprises, mais également sur mesure). N'hésitez pas à nous contacter par mail en écrivant à contact@nileo.fr ou en appelant directement au 09.82.43.72.85